Courrier du lecteur


DE LA NATURE
DE LA MERDE

elephant

Cette semaine, je tiens à partager avec vous un échange de courriels que j’ai eu avec l’un de mes plus grands fans qui, étrangement, ne se considérait pas comme tel. Voyez par vous-mêmes.

L’échange a eu lieu à la rencontre des mois de mars et avril 2015. Il y est principalement question d’un sujet qui me tient depuis peu à cœur, la merde.

[3 photos – 1446 mots]

Le 28 mars 2015, je reçois ce mot d’un inconnu:

Ce que vous faites, Monsieur, c’est de la merde.

Auquel je m’empresse de rétorquer ceci:

Vous serait-il possible d’être plus explicite?

Il me fallut attendre jusqu’au 30 la réponse de mon nouvel et, visiblement, ardent admirateur.

Oui! Ce que vous faites, c’est de la merde et je vais vous expliquer pourquoi.

Nombre d’artistes (de véritables!) s’emploient à acquérir techniques et connaissances pour fabriquer de leurs propres mains des objets pour le plus grand plaisir de nos yeux et de notre esprit. C’est un processus laborieux qui leur confère indubitablement à lui seul leur content de mérite. Qu’ils soient peintres, sculpteurs, graveurs et même photographes, ils se distinguent du commun des mortels par leur savoir-faire et leur habileté.

Ce savoir-faire, je ne le vois aucunement dans ce que vous faites! Quel est alors votre mérite? Vos montages sont bâclés. Dans leur manque de finition, on perçoit bien votre fainéantise. Ici, les couleurs ne coïncident pas; là, la lumière ne convient pas. Ce sont de vulgaires collages et mal faits de surcroît!

Vous me faites l’impression d’un peintre trop malhabile qui s’est réfugié dans la photo par paresse. C’est facile de mettre bout à bout des morceaux de photos, tout le monde peut faire ça. Je le répète: où est votre mérite??

La même journée, je répondis à mon soudainement volubile ami.

Monsieur dont j’ignore le nom,

J’apprécie que vous preniez le temps de me communiquer votre avis concernant mes œuvres. C’est bien pour cela que, sans y être forcé, je les publie sur l’Internet.

Une question semble vous turlupiner. Quel mérite ai-je à créer les images que je crée?

Il me plaît de croire que ces images arrivent à toucher certaines personnes qui, tout comme vous, ne se gênent pas non plus pour me faire part de leur opinion. Cette seule chose, si elle ne constitue pas un fait méritoire, me satisfait et m’encourage à continuer la publication desdites images.

De toute évidence, ces personnes ne sont pas attachées, comme vous, à la technique et aux connaissances et ne rejettent pas d’emblée tout ce qui n’a pas une finition propre et léchée. Il faut croire que certains sont capables de trouver des qualités à ce que vous appelez «bâclé».

Oui, tout le monde peut faire des montages photo. Comme tout le monde peut peindre, dessiner et sculpter. Je vous invite d’ailleurs à vous joindre à nous. Et, pour l’amour, ne vous encombrez pas de techniques et préjugés qui ne feraient qu’alourdir l’expérience agréable et enrichissante que doit être la création.

P.S. : Je ne crois pas qu’il soit juste de comparer mes œuvres à des excréments. Ces derniers possèdent des propriétés fertilisantes que jamais œuvre d’art n’aura. La merde donne la vie. Je n’ai jamais même rêvé qu’il en soit ainsi de mes créations. N’abaissez pas la merde en la mesurant à de simples artefacts.

Le lendemain, l’individu insiste.

Monsieur David,

Vous savez bien ce que je veux dire par de la merde: vos «œuvres» ne valent pas un clou. Elles sont ce qui existe de plus bas en fait de création. C’est à un point tel qu’elles n’en méritent pas le nom: c’est de la M-E-R-D-E.

Tout le monde ne peut pas s’improviser artiste. C’est bêtise que de croire à pareille sornette. Le métier d’artiste s’apprend comme tous les autres.

Vous dites que vous recevez des commentaires positifs. Vous m’en voyez surpris. Êtes-vous sûr que vous ne les inventez pas? Ou peut-être les interprétez-vous mal. Que certains aiment ce que vous osez appeler vos «œuvres» ne changerait rien au fait qu’elles sont mal faites. Le succès populaire n’a jamais été un baromètre de la qualité. Il m’est donc égal d’apprendre que quelques uns (probablement votre tante, votre mère ou vos proches amis) disent apprécier votre travail. Ce que vous faites me répugne. S’il vous plaît faites à tous une faveur: suivez un cours d’art ou mieux, un cours de Photoshop!

Et moi de lui répondre aussitôt.

Monsieur dont je ne connais toujours pas le nom,

Il me fait immensément plaisir d’échanger avec vous. Vous êtes agréable à lire. Par contre je dois vous laisser savoir que je trouve malsaine votre fixation envers le caca. Je vous le dis plus clairement, peu ou pas de choses méritent d’être comparées à cette substance essentielle que vous traitez pourtant comme une simple déjection. Si mes œuvres étaient belles et bien de la m-e-r-d-e, comme vous dites, elles devraient facilement trouver grâce à vos yeux. Il vous faudra resonger à votre affirmation qui se voulait probablement assassine. Je la trouve plutôt flatteuse.

Moi, mal interpréter les commentaires qu’on me fait? Sachez Monsieur que je possède un sens très aigu du discernement. Je crois d’ailleurs déceler dans votre discours un vague arôme d’intérêt pour mes œuvres. J’en prends principalement pour preuve le fait que vous m’écriviez si longuement à leur sujet. Et cette incessante référence aux divines fèces… Quelle délicate attention. Je vous en remercie grandement.

Le surlendemain, nous nous trouvons à être le premier avril. Mon ami désormais le plus assidu me fait cadeau d’un reproche concret, question de me mettre quelque chose sous la dent. Parce que c’est bien beau les accusations, mais encore faut-il qu’elles reposent sur du solide.

Mon nom est Simon. Si vous comprenez dans mes mots que ce que vous faites présente de l’intérêt à mes yeux vous êtes pitoyable. Ce comportement obtus explique bien votre inaptitude à voir de simples mais énormes incohérences telles qu’il s’en trouve dans la photo suivante:

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Aviez-vous remarqué que les ombres ne correspondent pas?? Vous en êtes-vous rendu compte??

Ma réponse. Du tac au tac. J’avoue que je commençais à être quelque peu excédé.

Simon, cher Simon,

Oui, j’avais remarqué que les ombres ne correspondaient pas au personnage. J’aimerais vous rappeler que c’est tout de même moi qui ai fait cette image.

Là-dessus, j’ai une question. D’abord loin de moi l’idée de me comparer aux très grands hommes que je m’apprête à nommer, ma seule intention étant de mieux comprendre votre pensée. Dites-moi, sans vouloir vous commander, pourquoi les incohérences suivantes ne vous rebutent pas : les points de fuites divergents dans les fresques d’Uccello; la vierge trop grande de la piéta de Michel-Ange; les reflets qui ne coïncident pas dans les miroirs de Velasquez; les muscles inventés de Bouguereau. Ces artistes sont-ils à proscrire? Ou leur production est-elle aussi de la m-e-r-d-e (les chanceux)? Éclairez-moi.

Votre commentaire m’a inspiré cette autre image. Eh oui, j’ai fait une image juste pour vous. Rien de trop beau pour mes fans. Je vous prierais de porter une attention bien particulière aux ombres.

montage01_final

Bien à vous.

Demeurant sans réponse pendant deux jours, je me risque à surenchérir.

Simon,

J’interprète votre silence comme un moment de réflexion. Ma dernière création vous a-t-elle désarçonné? Êtes-vous à la recherche d’un substitut au mot «merde»? Je me perds en conjectures.

J’en ai profité pour me documenter sur le sujet qui vous préoccupe tant. Permettez-moi de vous faire part de mes découvertes.

La merde est composée d’eau et de diverses matières sèches : fibres, azote, phosphore, potassium et germes. Voyons chacune en détails.

L’utilité des fibres n’est pas à démontrer. Mais gardez-vous de les consommer sous cette forme.

L’azote est un fertilisant, mais il est aussi utilisé dans la fabrication de produits pharmaceutiques, de combustibles et d’explosifs.

Le phosphore est aussi un engrais. On le retrouve pareillement à la cime des allumettes et dans les dentifrices.

Le potassium, sincèrement, je ne sais pas. Mais on m’assure que notre corps en a bien besoin.

Les germes transforment les matières organiques en matières minérales.

En espérant que ces remarques, très techniques, je vous l’accorde, sauront changer votre perception du sublime caca.

Une dernière tentative le lendemain.

Simon,

Me faut-il lancer un avis de recherche? Votre silence me fait craindre le pire. Seriez-vous malheureusement, comme la merde qui vous préoccupe tant, en train d’enrichir quelque coin de terre?

Puis plus rien. Si quelqu’un de son entourage reconnaît le brave Simon, mon brave Simon, s’il vous plaît, dites-lui que je me morfonds d’être sans nouvelles de lui. Il y a tant encore à débattre. Qu’est-ce qui est beau, qu’est-ce qui est laid? Qu’est-ce que l’art? Sans oublier le sens de la vie et le sexe des anges.

*

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10 commentaires to “Courrier du lecteur”

  1. Echanges drôles, vifs, stimulant et ma foi, qui posent de bonnes questions sans réponse, sur la notion d’artiste, de liberté d’expression, etc…

  2. Je connais un simon… il dit que c’est pas lui…

  3. J’ai pris un vrai plaisir a parcourir cet echange
    Merci a Simon et a toi

  4. Si on n’aime pas on peut regarder ailleurs!

  5. Parce que les grands maîtres se permettaient des libertés tout est permis???

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