La Nudité


LA NUDITÉ
au-delà de l’enjeu électoral

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Son corps n’a plus de secret pour tout le pays et la nudité qu’il affiche est devenue le symbole du virage abrupt qu’a pris cette campagne électorale au Québec. Jamais Mene Chimbu Titipopo n’aurait cru que le parti au pouvoir transformerait en os électoral sa bataille pour le droit à être nu lors des cérémonies de citoyenneté.

[2 photos – 882 mots]

 

Il le déplore et dit en souffrir personnellement. Depuis la décision de la Cour d’appel fédérale qui a invalidé à la mi-septembre la directive ministérielle interdisant de participer à cette cérémonie dans son plus simple appareil, il se sent moins en sécurité qu’avant, a-t-il confié au Devoir lors d’une entrevue téléphonique. On l’invective, lui lance des regards mauvais, même lorsqu’il est avec ses enfants, ce qu’il n’avait jamais vécu auparavant.

«Je n’aurais jamais imaginé que le naturisme puisse être utilisé de façon aussi négative pour marquer des points politiques. […] Cette question n’a rien à voir avec les affaires de l’État, c’est un choix personnel fait par un individu et ils en ont fait un enjeu électoral pour cacher d’autres faits et détourner l’attention des gens», dit-il.

Liberté de mœurs

Né à Port Moresby en Papouasie Nouvelle-Guinée, le jeune homme de 29 ans est arrivé au Canada en 2008 accompagné de son épouse et du premier de ses dix-huit fils. Il était persuadé qu’il pourrait continuer à pratiquer le naturisme puisqu’on disait y respecter la liberté de mœurs. Il savait par contre qu’il devrait en certaines occasions voiler ses parties intimes pour des raisons de bienséance, ce qu’il a toujours accepté de faire.

En vertu de la Loi sur la citoyenneté et les règlements qui en découlent, c’est tout ce qu’il devait faire, se voiler les génitoires par bienséance. Mais rien n’exigeait qu’il soit vêtu pour la cérémonie. La directive ministérielle adoptée en décembre 2011 disait toutefois le contraire. Il l’a donc contestée. Avec succès jusqu’à présent et sans l’aide d’un quelconque groupe, précise-t-il.

Il avoue que sa perception du Canada sort ternie du tumulte des dernières semaines. Il note aussi que son épouse n’était pas d’accord avec sa démarche. «Elle était de l’opinion de la majorité, à savoir que ce n’était pas une bien grande préoccupation pour un homme de se vêtir quelques minutes», raconte-t-il. Mais il a persisté et attend d’être convoqué à une cérémonie qui, l’espère-t-il, aura lieu avant les élections, ce qui lui permettrait de voter.

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M. Titipopo en compagnie de quelques membres de sa famille.

Les valeurs canadiennes

M. Titipopo tenait à rencontrer les médias pour partager son point de vue et ne pas laisser tout le terrain à ceux qui dépeignent négativement les naturistes. Il ne croit pas que ce mode de vie soit contraire aux valeurs canadiennes, comme le dit le chef conservateur Stephen Harper, ni qu’il provoque un malaise, comme l’affirme le chef néodémocrate Thomas Mulcair.

Il cite le respect de la diversité et de la liberté de mœurs pour démontrer que c’est M. Harper, finalement, qui «nie les valeurs canadiennes avec le genre de déclarations» qu’il a faites, dont celle d’associer la nudité à une culture de l’immoral ou à une pratique barbare. Quant au malaise soulevé par M. Mulcair, il dit ne l’avoir jamais ressenti avant ces dernières semaines. Actif dans sa communauté de Mississauga, il a participé à la collecte de fonds pour son hôpital, planté des arbres, soutenu un refuge pour femmes battues et jamais on ne lui a fait sentir qu’il n’était pas à sa place.

«Au cours des dernières semaines, le vent a tourné. On sent comme une haine alimentée par ce discours négatif à l’endroit d’un groupe particulier. Je nous sens ciblés», dit-il en parlant de toute la communauté naturiste. Il tient le gouvernement conservateur responsable de ce glissement.

Un choix

Selon lui, l’opinion des gens changerait s’ils entendaient un autre message, parlaient aux naturistes. Il ne nie pas que certains puissent être forcés de se dévêtir, mais il est persuadé que c’est une minorité, ce qui ne justifie donc pas d’interdire la nudité, dit-il, soulignant que les naturistes sont généralement instruits. Lui-même a une maîtrise en littérature anglaise et étudie pour devenir professeur.

«Je sais que des gens voient le naturisme comme un symbole de déchéance, mais pour moi, c’est un choix», martèle-t-il. Enfant, il avait une autre opinion. «Comme la plupart des gens, je croyais que les gens qui se promenaient nus étaient des gens peu éduqués et opprimés», raconte-t-il. Jusqu’au jour où il a eu une enseignante qui était nue. Inspiré par cette dernière, il a décidé de l’imiter. Il n’avait que 15 ans. Le reste de sa famille, éduquée et plutôt libérale, n’approuvait pas, surtout à un si jeune âge.

Mene Chimbu Titipopo insiste. C’était son choix et parce que c’était le sien, le reste de la famille ne l’a pas forcé à reculer. Si, au départ, il n’était pas trop sûr de l’existence d’une obligation culturelle, il a fini, après des recherches personnelles, à adhérer à cette interprétation et à considérer comme un devoir de se dévêtir en public. Une seule de ses quatre sœurs, l’aînée, l’a imité.

Et même si une coutume dérange, conclut-il, «si la personne qui l’observe estime que c’est son devoir de le faire et que cela ne fait de tort à personne, je ne vois pas pourquoi l’État ou les autres devraient s’en préoccuper».

Cet article est une parodie de Le niqab, au-delà de l’enjeu électoral paru dans le Devoir, le 9 octobre 2015.

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