J. S. Coburn


COBURN
ni chaud, ni froid

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Roland Chabot, 1972*

Il n’y a pas si longtemps, la grande compagnie de télécommunication québécoise Vidéotron mettait au petit écran une pub où, à Noël, l’un recevait une peinture et l’autre un enregistreur numérique. Elle fut retirée. Trop de plaintes.

[4 photos – 1 vidéo – 644 mots]

 
 

 

J’aimais cette pub. Elle m’a fait bien rire, alors que je suis artiste et pas du tout client de Vidéotron. Une insulte à notre culture, dirent certains? Ah, bon. Je ne savais pas que la culture québécoise se résumait à des paysages hivernaux. Je n’avais pas même l’impression que ceux-ci pouvaient la représenter de quelque façon tant elle est riche, diversifiée et différente d’une simple scène en traineau.

J’aurais réagi de la même façon que le personnage de la pub si j’avais reçu une peinture quelconque représentant un paysage d’hiver. Mais bel et bien quelconque, non pas un Coburn**. Un Coburn, ça aurait été différent. Pas que j’aime l’œuvre de ce dernier, et surtout pas parce qu’elle représenterait «la mémoire d’un peuple», mais pour sa valeur de revente. Mettez-moi un Coburn dans les mains et vous me retrouverez le prochain jour ouvrable chez un marchand d’art en train de m’en débarrasser.

Une œuvre quelconque aurait pris le chemin de la poubelle ou d’un fond de placard, dépendamment de qui me l’aurait offerte. J’aime la culture québecoise, j’aime l’art. Les œuvres qui ne remettent rien en question ne trouvent tout simplement pas faveur à mes yeux.

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Roland Chabot, 1979*

Bien que l’œuvre de la pub soit présentée comme un Chabot et comme ayant une valeur équivalente à un enregistreur numérique seulement, la chose n’a pas empêché plusieurs de s’indigner. Récemment, Nathalie Petrowsky écrivait à propos de cette même pub:

«Je ne peux pas croire qu’en 2014, les publicitaires prennent les gens à ce point pour des incultes et des imbéciles.» (La Presse, 6 décembre 2014)

Pour ma part, je ne peux pas croire qu’en 2014, on monte sur ses grands chevaux pour un pastiche de Coburn.

Les incultes, pour reprendre l’expression de cette journaliste à la plume approximative et démagogue, n’est-ce pas plutôt ceux qui montent aux barricades pour interdire une pub au nom de l’art et des artistes, alors que ni l’un, ni les autres ne sont attaqués? Les incultes, ce sont ceux-là qui se croient forts pour affirmer leur goût, qu’ils confondent avec la culture. Car c’est bien cela: leur goût est malmené. Et les gens qui ont du goût, ça a l’épiderme sensible, on sait ça.

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Roland Chabot, 1976*

L’œuvre offerte aurait été une œuvre d’art contemporain, la pub n’aurait pas suscité autant de réactions. Quelqu’un s’est-il plaint de la pub de Hyundai où Guillaume Lemay-Thivierge se moque d’une œuvre incompréhensible qui coûte les yeux de la tête? L’a-t-on retirée de l’antenne? Cette pub, sincèrement, m’a fait moins rire, mais j’abondais dans le même sens que monsieur Lemay-Thivierge tant ce qu’on nous présentait comme art contemporain était caricaturé sans efforts. C’était une exagération de l’insignifiance des œuvres et de la vacuité du discours, comme il s’en trouve, d’ailleurs, dans la «vraie vie».

Les plaintes ne seraient pas venues des mêmes personnes en tout cas. Parce que cette autre pub représente assez bien la perception qu’ont un grand nombre de gens de l’art contemporain. Mais encore là, je ne me suis pas du tout senti ni visé, ni concerné. Je suis pourtant si sensible, moi aussi.

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Roland Chabot, 1971*

Oui, les pubs colportent des préjugés. Surtout ceux de la majorité. Lorsque cette dernière s’élève pour dire «Mais nous, on aime Coburn!» et se tait lorsque on s’en prend à l’art contemporain, oui elle façonne les pubs, et tout ce qu’elles contiennent. Elle les façonne à son image.

Moi aussi, j’aimerais que les pubs me ressemblent. C’est un peu de moi qui est disparu du petit écran avec le retrait de la publicité de Vidéotron. Mais, pour sûr, la chose ne fait ni chaud ni froid à la culture québécoise. J’en mettrais un Coburn au feu.

* Ces images ont été modifiées par moi-même dans un effort de pimenter l’art paysagé hivernal. Mais, tout comme dans la pub de Vidéotron, j’en attribue la paternité à un certain Chabot.

** Frederick S. Coburn est un peintre canadien mort en 1960.

Les admirateurs du peintre Coburn dénoncent une publicité de Vidéotron, La Presse, 1er décembre 2014

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