Benoit David


QUELQUES NOTES
au sujet de
BENOIT DAVID
Un essai de Matthew Purvis

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J’observe le travail de Benoit David depuis des années. Malgré que nous ayons tous deux habité Montréal et partagé un même modèle, nous n’avons jamais eu la chance de se rencontrer.

[5 photos – 748 mots]


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Écrire à propos de son travail est quelque chose que j’ai toujours voulu faire. Mais quand j’y jette un coup d’œil, la chose semble trop difficile. Seulement que des clichés me viennent à l’esprit. Alors je m’abstiens. Mais peut-être est-ce une bonne chose. Il y a une sorte de babillage qui émane de ses images. C’est comme si tout le corps se transformait en une paire de lèvres pulvérisant et crachant œsophage et poumons qui s’enrouleraient alors autour de son torse pour le tordre.

Je l’ai toujours considéré comme un grand répertorieur des possibilités reliées à la peau. Il existe deux façons de saisir ce qu’il propose. Premièrement il y a la peau comme surface: une enveloppe qui peut être étirée ou pliée alors qu’elle tient sur une armature osseuse. Lorsque que le corps se transforme de façon exagérée par la mutation de cette armature, la peau le resserre. Deuxièmement, il y a la peau comme amas: une accumulation de pièces détachées, chacune se soudant à la masse à un point d’articulation. Même si les personnages monstrueux qu’il crée semblent parfois être entiers, leurs cicatrices sont apparentes. Ils sont monstrueux parce qu’ils sont monstratifs: on perçoit le processus de création et ses restes. De là tirent-ils leur dynamisme.

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Chaque couche qu’il construit laisse des traces qui s’étalent parfois jusqu’aux limites de l’image. Elles apparaissent à l’arrière plan comme des projections isolées de peinture et de chair. En apparence plates, elles sont mises en évidence grâce à une lumière différente qui révèle leurs reliefs. L’occasionnel découpage très sec des membres ajoute à cela. Le tout contraste avec de vagues restes presque disparus après avoir été retranché ou recouvert d’un peu de peinture numérique. Souvent brut, ces éléments trouvent un contrepoint surprenant dans une utilisation du bruit. Parfois incrustées dans la peau, mais souvent limitées aux points focaux de l’image, on peut voir d’étonnamment délicates poches de bruit, adoucies et rehaussées par des bleus et roses pastels.

Cette douceur est davantage renforcée à la fois par un silence et par un bruit, servant tous deux à encadrer le dynamisme des personnages. Le silence fait en sorte que tous leurs mouvements, toutes leurs déformations et tous les fragments de mur s’harmonisent. Il s’agit de l’amplification de la porosité et de la sensorialité de la peau. Cette amplification se garde bien de générer un vacarme écrasant, mais plutôt une marée de petits bruits. C’est à partir de cette sensibilité aiguë que l’image se construit lentement par une série d’intégrations tendues et dynamiques.

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Parfois les morceaux de corps sont assemblés sans cicatrice. Ils sont aussi parfois fondus ensembles. Mais plus souvent, ils portent les traces de leur ablation, accumulés au point où ils forcent une réponse de l’artiste.

L’une des choses les plus troublantes à propos de son travail, cependant, n’est pas sa très grande qualité mais bien le contraire. Il y a une extraordinaire banalité dans la plupart de ses images et c’est cela, principalement, qui explique leur succès. Les corps sont dans des coins de pièce ou le long d’un mur de la vie quotidienne. Nous avons ainsi des aperçus de la maison et de l’atelier de l’artiste. La parqueterie et des barbouillages de ses enfants sont une composante importante de plusieurs images. En fait, les particularités formelles que prennent les corps trouvent leur écho dans le lieu où ils se trouvent. Si le corps est davantage sculpture que maison, le lieu est davantage témoignage qu’emplacement.

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Ce dont David témoigne est un hurlement, un miaulement, un crissement ou un cri. Il emploie lui-même les mots hurlement et cri lorsqu’il décrit ce que ses personnages font lorsque soumis à leurs déformations peu subtiles. Il s’agit de naissances dans la déformation. Chaque nouvelle naissance qu’il provoque fait la démonstration d’une subtilité grandissante, ce qui résulte en une escalade visant une plus grande articulation. Chaque surenchère rend le personnage plus dense, plus chargé, mais son espace plus plat. Cet équilibre donne aux images de David le pouvoir d’un acrobate (1).

Matthew Purvis

(1) Ce n’est pas une coïncidence si un de ses albums photo s’intitule Acrobates.

I ONCE WAS A DOG
BENOIT DAVID
28 mars au 28 avril 2014
The Petrified Forest Gallery
142-291 Windermere Rd.
London, ON N6G 2J9

benoitdavid.net

Page Facebook du vernissage

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4 commentaires to “Benoit David”

  1. génial !!!! quel travail fabuleux !

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