John Currin


SUBVERSIF OU
RÉACTIONNAIRE?

john currin

Je m’étais dirigé vers la galerie DHC/ART attiré par l’œuvre de Berlinde de Bruyckere. C’est ce que j’ai d’abord vu. Et, puisque j’étais là, aussi bien jeter un coup d’œil à ce peintre que je ne connaissais pas du tout, John Currin.

 

Ce qui m’a frappé lorsque j’ai découvert son œuvre, c’est sa technique très inégale. J’ai vite perçu que le phénomène était généralisé à l’ensemble de ce qui était présenté en une sorte de laisser aller qui agissait à plusieurs niveaux. Ce qui m’a donné l’impression que Currin cherche à ne pas être constant, ni cohérent d’ailleurs. Nous passons de la banale illustration à des œuvres qu’on croirait pouvoir trouver au marché aux puces, puis à de beaux clins d’œil à l’histoire de la peinture.

Dans ses tableaux, Currin met en scène des sujets qui ne cadrent pas avec la technique, la façon, d’où l’idée d’anachronismes avancée dans la brochure remise à l’entrée de la galerie. J’ai cru voir à cette exposition, métaphoriquement parlant, plusieurs Déjeuner sur l’herbe, mais revus, remaniés, avec une sauce contemporaine.

Il y avait aussi de spécial, à mon sens, le dernier étage. L’exposition est ainsi faite: on croirait une sorte de montée vers les enfers. Car, effectivement, comme pour éloigner des regards ce qui pourrait choquer, c’est au dernier étage qu’ont été accrochées les œuvres les plus crues de Currin, carrément pornographiques, comme pour les réserver aux plus persistants, aux plus courageux.

john currin

Les œuvres de Currin m’intéressent davantage par ce jeu avec l’histoire et l’amour évident du médium que par ce qui ressemble à une pâle tentative de subversion d’un art noble de façon directe, crue, et déjà vue.

Par son refus de délaisser une façon traditionnelle de faire et de penser la peinture, Currin est un réactionnaire, un réactionnaire qui devient subversif  en établissant les bases d’une peinture nouvelle en utilisant ce qui est considéré comme dépassé. J’imagine facilement l’artiste essuyer des commentaires de ses confrères du genre «c’est démodé, c’est d’une autre époque» à quoi il pourrait répondre «c’est aussi ça, la peinture». Aussi vrai que la figuration n’est pas morte, la peinture de genre et les techniques anciennes peuvent encore parler.

Des contraires, des incohérences, des dépenses d’énergie (application excessive, élucubrations) et des laisser aller, c’est un monde foisonnant que celui de John Currin, vivant, imparfait, inégal, propre à nous surprendre.

john currin

Publicités

One Comment to “John Currin”

  1. Artiste résolument unique, la première illustration ( le nu ) me fait étrangement penser aux jeunes femmes peintes par Cranach.

Qu'en pensez-vous?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :