Benoit David


DE L’ART
NUMÉRIQUE

Entrevue entre Benoît David et Dhouha Wali, chercheuse et enseignante, Institut supérieur des arts et métiers de Sfax, dans le cadre d’une thèse de maîtrise.

 

Où situez-vous votre pratique plastique? Je ne crois pas appartenir à un courant artistique. Il s’agit plutôt d’un ensemble de préoccupations qui ne sont d’ailleurs pas toutes nouvelles. Le monde évolue, devient plus technologique. Les communications, plus faciles mais plus distantes. Notre corps, lui, est résolument le même. Sa réaction à certains changements trop rapides peut être brutale. Il est appelé à évoluer dans un monde de moins en moins naturel, ce qui met en lumière son côté animal. Je remarque que de nombreux artistes ont des préoccupations similaires, soient le corps, la détresse de l’esprit. La mutation est un bon véhicule pour exprimer de telles préoccupations. Je suis conscient d’être l’enfant de courants forts du siècle dernier. Je crois avoir hérité de l’expressionnisme et du surréalisme, entre autres.

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Il est clair que vous portez beaucoup d’intérêt au corps nu. Peut-on savoir les raisons de ce choix? Puisque le corps rend l’esprit, il peut être facilement utilisé pour représenter l’être entier, corps et âme. Le corps, seuil des sens, est un sujet inépuisable. S’il n’est pas l’unique seuil des désirs et des maux, il en est toujours au moins le réceptacle, comme du reste. Mais un réceptacle transparent. Dans le corps, la vie sous toutes ses formes. Par le corps, moi, les autres, la relation entre chacun. Je ne vois pas de fin à l’exploration que j’ai amorcée il n’y a pas si longtemps.

Est-ce que votre talent vous a poussé vers la photographie? Je me tenais loin de la photographie. Je n’y ai jamais rien compris. Je n’y entends toujours pas grand chose. Je me croyais peintre ou plus précisément dessinateur. Je crois maintenant que je suis un créateur d’images. La photo numérique me permet de créer et modifier des images rapidement. C’est le hasard qui m’a fait essayer ce médium. Ce sont ses propriétés uniques qui me l’ont fait adopter. J’ai toujours cherché à cacher ma dextérité en peinture, puisque celle-ci ne devait être confondue avec les objectifs de la création. La photo fait cela à merveille. Elle laisse toute la place à mon imagination et, par le défi technique qu’elle représente, par sa rigidité, stimule ce que j’ai d’ingéniosité.

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Où trouvez-vous principalement votre inspiration? Dans rien de précis. Rien de plus précis que ce que j’ai déjà mentionné, soit le corps lui-même. Malheureusement et heureusement car ça me permet de passer en revue tous les thèmes imaginables: acrobates, esclaves, anges, danseurs, écorchés, etc.. J’ai trouvé intéressant de constater que je travaillais de façon différente à partir des photos de chaque modèle, puisque chacun est différent. J’essaie de m’inspirer de l’impalpable, du changeant.

Vos créations sont pleines d’expression et aussi de tension. Est-ce que vous essayez d’évoquer des scènes tragiques ou dramatiques? Quelle est votre philosophie? Il m’a été suggéré par certains de représenter des scènes ou thèmes des tragédies grecques, entre autres. Je présume qu’ils voyaient dans mes images la théâtralité, le dramatique. J’ai fait des scènes avec plusieurs personnages. Mais je reviens invariablement au personnage unique, central, simple et complexe. Je crois que sa sculpturalité m’importe avant tout.

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Quelle est l’importance de la photographie dans l’exécution de vos œuvres? La photographie en elle-même n’est, à mes yeux, qu’un point de départ. Je me suis déjà cassé la tête à essayer de faire parler des photos, sans les manipuler. Ce n’est pas pour moi. Je ne suis pas photographe. Je prends des photos rapidement, sans me soucier du réglage de l’appareil, ni de l’éclairage. Souvent je ne regarde même pas dans l’appareil. Tout ce qui me convient dans la photo, c’est son instantanéité.

Quels logiciels utilisez-vous pour fabriquer vos images? Au contraire. Il s’agit d’une version périmée de Paint Shop Pro. Je n’utilisais d’ailleurs jusqu’à très récemment que les outils les plus simples de ce logiciel. La contrainte fait l’œuvre. Le médium est contrainte. Il ne faut donc pas le choisir en fonction des possibilités qu’il m’offre, mais bien l’inverse.

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Comment développez-vous le rapport corps-espace-temps, la mise en scène? En improvisant. Je remarquais encore aujourd’hui (comme si je l’oubliais constamment) que ce qui m’allume, c’est le nouveau. Une nouvelle série de photos, un nouveau modèle, un nouveau thème, un nouvel outil, une nouvelle idée. Toute l’intellectualisation ou rationalisation qu’il me serait possible de faire de mon travail ne permettrait pas l’énergie que me procure la nouveauté.

Benoit David, merci. Mais je vous en prie.

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