Benoit David


Quand on est né pousseux de bois

«Tu n’arrives pas à vivre de ce que tu fais, trouve-toi un job!»

Ces mots, qui se veulent paraphraser les propos de Mme Algrably-Lévy dans son article Non au mécénat public paru récemment dans le Journal de Montréal, ces mots, je les ai souvent entendus dans la bouche de mononcs et matantes. Ils proviennent essentiellement d’une vision pragmatique de la vie qui ne laisse pas beaucoup de place à la culture et à un enrichissement autre que matériel.

La situation des arts contemporains est plus complexe qu’une simple équation du genre job=argent. Mais comment le faire comprendre à quelqu’un pour qui la culture se résume au divertissement, à l’évasion de la routine?

Ici, au Québec, le problème réside surtout dans le fait que la plupart des québécois n’accordent que peu ou pas d’importance à la culture, d’où la quasi absence de marché en arts.

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Le problème vient aussi du fait, non pas que les artistes sont subventionnés, mais qu’ils le sont mal. Ils ne devraient pas être entretenus, mais formés, outillés, pour affronter le monde des affaires et ainsi donner une chance à la croissance d’un marché. La présence et la participation de l’état n’est pas à questionner. Un encadrement des artistes en arts contemporains est essentiel.

La difficulté à laquelle doit faire face l’artiste québécois doté de talent (et dieu sait qu’il y en a beaucoup) est bien autre qu’un «manque de demande» comme le suppose Mme Elgrably-Lévy. Il doit tenter de rejoindre sa clientèle cible avec des outils déficients dans un marché presque inexistant. D’où l’exile bien connu et mentionné entre autres par René Derouin dans son article Lettre aux artistes et intellectuels de la jeune génération.

Pourquoi néglige-t-on les retombées d’un investissement en arts, les retombées matérielles comme immatérielles? L’événement Papier11 tenu à Montréal en avril dernier, non seulement générait des revenus importants et augmentait le rayonnement de nos artistes et galeries, mais participait, comme bien d’autres événements du genre, à l’enrichissement culturel de notre société. (Voir l’article de La Presse Foire Papier11 : succès populaire et financier.)

Mais pourquoi devons-nous encore défendre l’idée d’investir en arts? Il n’y a que quelqu’un doté d’une vision comptable, dépourvue de tout appétit culturel pour commettre une faute aussi grave que de sabrer dans ce qui constitue l’âme d’une société. Un pays sans culture n’est pas un pays. Un pousseux de bois québécois ne se distingue en rien d’un autre pousseux de bois ailleurs dans le monde. Ce qui distingue les sociétés, c’est leur culture.

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«Trouve-toi un job!» C’est ce que se sont résignés à faire la plupart des artistes québécois qui, justement, ont relégué leur passion au niveau de passe-temps, ne lui accordant temps et argent que comme leur permet le «job payant» qu’ils ont choisi.

On descend dans les rues et on se demande à juste titre «mais où est donc la culture québécoise?». Elle vit, la plupart du temps, loin des regards, repliée sur elle-même, résignée à ne toucher que ceux qui sont déjà vendus à sa cause. Résignée devant cet océan de comptables qui choisissent chaque jour le divertissement comme seul écart à l’accumulation de biens.

Je rêve d’un Québec où l’expression «Trouve-toi un job!» n’exclurait pas celui d’artiste. Je rêve d’un Québec qui se donnerait les moyens d’être fier en se dotant d’une culture digne de ce nom. Mais je suis un grand rêveur.

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